PROPAST’.07KS : La voix de l’abîme
ATTENTION : Cet article traite de sujets sensibles : famine, maladie, cannibalisme.
Mise en contexte
Depuis les années 90, une série de 9 enregistrements circulait discrètement dans quelques cercles de radioamateurs chinois. Ceux qui n’y avaient jamais eu accès n’en savaient rien, à part un nom énigmatique : « PROPAST’.07KS ».
Fin 2009, après des années de recherches, mon ami BD7NXA a enfin réussi à se procurer une copie des enregistrements, qu’il m’a transmise.
Contrairement à d’autres affaires présentées sur ce site, « PROPAST’.07KS » n’avait, à ma connaissance, jamais été rendue publique. C’est pourquoi cet article sera plus fourni que les précédents. J’ai la conviction qu’il apporte une véritable contribution. Je sais que certains voulaient garder les enregistrements confidentiels, mais il m’a semblé important de vous partager mes découvertes.
Je tiens également à remercier RA1ZZ, qui a assuré la traduction des enregistrements. Je n’oublie pas mes amis radioamateurs du monde entier pour leur aide à la traduction de cet article.
Côté technique
Le cas PROPAST’.07KS consiste en une série de 8 enregistrements captés entre le 22 janvier 1985 et le 1er juin 1986, suivis d’un 9ème enregistrement daté du 12 janvier 1992.
On sait finalement peu de choses sur le volet technique :
- Enregistrements captés par des militaires chinois basés dans la préfecture d’Altay, à proximité de la frontière avec l’URSS et la Mongolie.
- Fréquence de 3270 kHz, normalement utilisée pour des communications militaires, gouvernementales ou maritimes.
- Signal faible mais régulier en provenance du nord-ouest, donc du territoire soviétique. Les militaires chinois n’avaient apparemment pas jugé utile d’effectuer une triangulation.

Enregistrements n°1 à n°8
J’ai regroupé les 8 premiers enregistrements, avec la date et l’heure de captation :
1. Caractéristiques communes
- La voix masculine est identique d’un enregistrement à l’autre. Elle est sobre et factuelle, malgré l’horreur de ce qu’elle raconte.
- Le protocole est constant : la voix débute systématiquement par l’annonce « PROPAST’.07KS », qui ressemble à un code d’identification. « Propast’ » signifie « gouffre » ou « abîme » en russe. Selon RA1ZZ, le terme peut être compris au sens physique comme au sens symbolique. Petite réflexion personnelle : l’URSS avait pour habitude de donner des noms symboliques à ses projets spatiaux (Soyouz = Union, Mir = Paix / Monde). Propast’ a une connotation plus sombre mais pourrait rappeler cette tradition, bien j’ai du mal à trouver un lien avec le contenu. Quant à 07KS, je n’ai aucune interprétation.
- Elle annonce ensuite un numéro de « cycle », qui remplace la date. Le groupe ne dispose probablement pas d’autre moyen pour mesurer le temps. J’ai calculé que 3 cycles correspondaient à un peu plus d’une journée. Le cycle 1 aurait donc démarré le 16 juillet 1983.
- Enfin, chaque message se termine par l’annonce « Fin de transmission ».
2. Points troublants
- L’homme utilise plusieurs fois le terme « en bas ». Mais en bas de quoi ? D’un bâtiment à étages ? D’une montagne ? « En bas » semble suffisamment vaste pour y lancer une expédition, je pencherais donc plutôt pour la seconde option, qui concorde avec la topographie de la région.
- Le nom Erlik, cité une seule fois, bouleverse toute lecture. J’ai trouvé un ouvrage sur les mythes de l’Altaï qui le mentionne (pages scannées ici). Erlik est le dieu des enfers dans la mythologie locale. Il régnerait sur le monde souterrain, à l’instar d’Hadès dans le panthéon grecque.
- La mention du « monde d’après » reste énigmatique. Après quoi ? Une guerre ? Une catastrophe ? Un événement mystique lié aux croyances locales ?
- Le 7ème message reste le plus glaçant : « Devons-nous les utiliser comme nourriture. » Une formulation étrange (comme tout dans cette affaire), prononcée sans émotion, mais qui désigne clairement un cas de cannibalisme…


3. Réflexions et hypothèses
La question centrale est évidente : qui étaient ces gens ?
Hypothèse principale : des militaires
La fréquence utilisée, le ton sec et rigoureux, les références aux rations, aux expéditions, aux camarades (masculins) désignés par leur nom de famille, l’expression « Fin de transmission » renvoient à un contexte militaire.
Mais tout le reste ne colle pas : pourquoi ces hommes auraient-ils été abandonnés, livrés à la famine et aux maladies, alors qu’aucune guerre n’avait lieu sur le territoire soviétique à l’époque, et qu’ils disposaient d’une radio sur fréquence militaire ? Où sont-ils exactement ? Sont-ils enfermés ? Pourquoi aucune aide ne leur est apportée ? Quel est le rapport avec Erlik et « le monde d’après » ?
Des militaires oui, mais prisonniers de guerre ?
Certes, il n’y avait pas de conflit sur le sol de l’URSS en 1985-86, mais le pays était encore engagé en Afghanistan.
On pourrait alors émettre l’hypothèse de soldats soviétiques capturés par les moudjahidines et retenus captifs dans une des nombreuses grottes utilisées par l’ennemi. Pour expliquer la croyance en Erlik, on pourrait penser à des conscrits originaires de certaines régions de Sibérie ou d’Asie centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan, etc.), qui représentaient jusqu’à 40% des soldats engagés.
Cette hypothèse est tirée par les cheveux mais séduisante, car elle justifie pratiquement tout… sauf 2 points :
- Hormis Abdulov, les noms Kazakov, Kostenko et Volkov n’ont aucune consonnance d’Asie centrale.
- Mais surtout, pourquoi le signal provenait-il du nord-ouest (URSS) et non du sud-ouest (Afghanistan) ? La station d’émission n’était-elle qu’un relai ?
Degré de crédibilité : 6/10

Hypothèse alternative : une communauté de croyants
La figure d’Erlik occupe une place centrale dans certains cultes de Sibérie (chamanisme, tengrisme).
Et si ces messages étaient les appels à l’aide d’une communauté piégée quelque part dans l’immensité sibérienne ? Mais dans ce cas, pourquoi auraient-ils accès à une radio sur fréquence militaire ? Pourquoi les noms mentionnés n’ont-ils aucune consonnance ethnique ? L’hypothèse est intéressante, mais pleine de trous.
Degré de crédibilité : 4/10

Hypothèses plus farfelues
- Des détenus d’un camp de travail ? Contrairement aux goulags, les camps de travail existaient encore en URSS à cette époque. Mais dans ce cas, pourquoi les détenus disposaient-ils d’une radio, qui plus est sur une fréquence militaire ? Avec qui essayaient-ils de communiquer ? Et surtout, où est l’administration du camp ? Degré de crédibilité : 2/10
- Des soldats… de la seconde guerre mondiale ? Idée absurde émise par RA1ZZ : ces messages auraient pu dater de la seconde guerre mondiale. Mais dans ce cas, pourquoi auraient-ils été émis en 1985-86, dans une zone sans combats ? Degré de crédibilité : 1/10
- Un canular ? L’idée ne peut jamais être écartée dans ce genre d’affaires, mais elle est ici peu crédible. Imaginer quelqu’un orchestrant une telle supercherie pendant 18 mois, sur une fréquence militaire, qui plus est en Union soviétique, relève du fantasme. Degré de crédibilité : 2/10
Mais toutes ces hypothèses pourraient être remises en cause par le 9ème enregistrement.
Le 9ème enregistrement
Après juin 1986 : plus rien. Silence total sur la fréquence.
Jusqu’au 12 janvier 1992, à 2h44 du matin.
Ce jour-là, un 9ème et dernier enregistrement est capté, d’une durée de 17 minutes et 13 secondes.
En voici une version éditée :
L’enregistrement est pour le moins troublant. Mais a-t-il un lien avec les 8 précédents ?
1. D’un côté, tout indique que cet enregistrement est indépendant :
- La voix est différente.
- La durée est beaucoup plus longue.
- Il n’est plus question de protocole : pas de PROPAST’.07KS, pas de cycle, pas de « Fin de transmission ».
- Aucune mention directe de camarades, de rations, « d’en bas », d’Erlik, d’épidémie, ou de traitres.
Tout cela nous amène raisonnablement à penser à un enregistrement indépendant. Il est tout à fait possible que la fréquence ait été réaffectée ou utilisée par une autre entité, qui plus est avec l’effondrement de l’URSS en 1991.
2. Mais comment ignorer les échos troublants ?
- La solitude et la détresse de la jeune fille résonnent étrangement avec le sort du groupe en 1986. Était-elle la dernière survivante ?
- Et surtout cette dernière phrase « Je ne veux pas descendre ». Ne veut-elle pas descendre… « en bas » ?
Mot de la fin
PROPAST’.07KS reste un mystère sans équivalent dans le monde de la radio. Nous regorgeons d’éléments factuels, de détails et de noms. Pourtant, le sujet même des enregistrements nous échappe. Comme s’il nous manquait une clé de compréhension.
La clé qui permettrait d’ouvrir les portes de l’abîme.
À l’écoute des fréquences, 73.